Loulou dans la boue – Chapitre 3

13 mai 2019 | Engagements écologiques | Nos rencontres

Suite de l’aventure de notre Loulou à la ferme de Beauregard : construction, mais aussi grandes discussions avec les habitants de la ferme, et premier bilan à la moitié de cette expérience de woofing. Découvrez les belles journées ensoleillées de Loulou dans la boue !

Chapitre 3. Beauregard en plein chantier

La dernière semaine à Beauregard a été écourtée par mon départ pour Bordeaux jeudi. J'ai facilité les au revoir en décidant d'y revenir au mois de juillet, et y ai même laissé des affaires : j’ai eu un véritable coup de cœur pour la maison, le jardin, les animaux, le voisinage, l’Ariège, et surtout Annelyse, Jean-François, Kim, Lolita et Valentin. Si cette expérience de woofing est encore plus instructive que ce que j’espérais sur la nature, les cultures et l’élevage, elle est aussi incroyablement humaine. Les James comme les Boniface m’ont fait découvrir deux perspectives de vie drastiquement différentes de la mienne, et je réalise que le woofing consiste en plus que de bouleverser ses habitudes urbaines. Mes applications à des masters paraissent bien dérisoires dans un univers où on sait tout faire de ses mains. Ma maîtrise de plusieurs langues ne me sert pas à grand-chose quand il s’agit de visser des planches au plafond sans me tordre le poignet. Tout cela m'oblige en permanence à remettre en question mes convictions.

Beauregard en chantier : Loulou s’improvise constructeur !

Annelyse et Jean-François souhaitent emménager dans une maison plain-pied pour leurs vieux jours, Jean-François a donc entrepris de rénover la troisième maison sur le terrain, dont le rez-de-chaussée était jusqu’ici utilisé comme atelier de menuiserie, et dont les étages étaient délaissés et assez précaires. Le terrain est en pente donc ils pourront accéder à la partie supérieure de la maison (où se situeront les chambres) en y entrant côté jardin, alors que la partie inférieure sera accessible par le chemin qui longe la maison et donne accès à l’atelier aujourd’hui.

loulou-dans-la-boue-chapitre-trois-visuels-23-10-2019

Cela fait déjà 6 mois que Jean-François a commencé le chantier, et la maison est presque habitable en l’état, à condition de poser encore le plancher et les fenêtres. Malheureusement pour la peinture, Jean-François n'avait pas anticipé les oiseaux qui avaient pour habitude de squatter cette partie abandonnée de la maison et qui continuent de se faufiler et se soulager sur la peinture fraîche… J’ai donc eu droit à deux épisodes dantesques de chasse aux oiseaux, qui ressemblent d’assez près à une partie de badminton. On s’équipe de balais, les joueurs se mettent chacun dans une pièce. Le jeu consiste ensuite à effrayer les oiseaux pour qu’ils s’épuisent à voler de part et d’autre de l’étage, jusqu’à ce qu’ils soient assez épuisés pour qu’on puisse les attraper.

La dernière fois, j’étais seule avec Jean-François et on a échangé des oiseaux pendant au moins une demi-heure à coups de balais approximatifs. Je vous rassure on ne les touche pas, on les frôle seulement pour qu'ils soient forcés de voler lorsqu’ils se réfugient entre les poutres et le plafond. Lors de la partie je rigolais bien parce que je chassais quand même des oiseaux tête en l’air, balais à bout de bras, à hurler « J’AI ! » à chaque fois que l’oiseau revenait dans ma partie de l’étage, mais au bout de 20 minutes on commence à trouver le temps long et à sérieusement se demander si on arrivera à les attraper.

A l'issue de ce deuxième match on a pris le temps de trouver un moyen de bloquer toutes les entrées possibles aux oiseaux, et j’ai eu le droit de refaire la peinture.

Mais les travaux ne s’arrêtaient pas là ! J’ai également repeint puis fixé les cadres des fenêtres, décoré les parties boisées extérieures de la maison – ce qui m’a valu quelques crises de vertige, juchée sur mon échelle instable à trois mètres du sol ; mais je crois bien qu’à force, je suis guérie !

loulou-dans-la-boue-chapitre-trois-echelle-23-10-2019

Yohann, charpentier et neveu de Jean-François, est venu tous les jours pendant deux semaines pour travailler la structure de la maison. Pendant cette période j’ai aidé à faire l’isolation du rez-de-chaussée. On fixe des morceaux de bois (qui remplacent le ferraillage), on recouvre la surface de laine de bois sans trop bourrer car il faut que de l’air puisse circuler et être stocké dans la couche d’isolation, puis on recouvre d’un papier isolant en prenant garde à bien laisser une marge sur les côtés. On fixe ensuite avec du scotch, on remet des tiges de bois pour caler le tout, quelques plaques de masquage, et le tour est joué ! Là encore j’ai été plusieurs fois perchée sur des escabeaux pas forcément très stables, et je peux vous dire que je ne faisais pas la maligne, surtout quand il a fallu monter à l’étage un radiateur en fonte d’une cinquantaine de kilos. L’autonomie a du bon, mais physiquement, je ne faisais vraiment pas le poids !

Ces derniers jours le travail a également tourné autour de l’installation de la fosse septique, ainsi que d'un drain et du système électrique. Je suis partie en plein milieu des travaux, mais je verrai le rendu en  juillet !

Bilan d'un woofing à mi-étape : grandir, apprendre, changer !

Ces deux premiers mois d’aventure à Bouniols et à Beauregard ont été une expérience extraordinaire, mais fatigante. Faire des rencontres et s’adapter au rythme d’une ferme demandent des efforts, et une énergie considérable. Mais j’ai hâte de continuer à apprendre, et je suis aussi contente de pouvoir – en juillet – revenir sur un lieu familier et voir l’évolution des travaux, cueillir les légumes que j’ai plantés, voir les cochons, les canetons et le piou-piou grandir, renforcer ce que j’ai commencé à apprendre…

Quant à comparer mes séjours à Bouniols et Beauregard, c’est presque mission impossible ! Le parti pris des habitants de ces deux fermes est totalement différent : si les James ont fait le choix d’une vie rustique, tournée vers le travail manuel de la terre en famille, dans un écosystème où tout le monde participe et vit sur la base des revenus de la vente de fromage et de légumes, en revanche les Boniface sont revenus à un idéal d’autonomie après avoir connu le métro-boulot-dodo, et exercent encore pour certains des métiers  qui n’ont rien à voir (parce exemple Annelyse, qui est enseignante). De plus, leurs enfants ne sont pas restés à la ferme en grandissant.

Le rythme des deux fermes est donc aussi très disparate : l’excitation du début woofing m’a permis de tenir l’intensité des activités à Bouniols. Mon travail auprès des James était physiquement plus dur, et il y avait toujours plus à faire ! Par la suite, j’étais donc heureuse d’avoir un rythme plus tranquille à Beauregard, où Jean-François nous ménageait des plages de temps libre pour découvrir la région. Mais dans les cas, j’ai découvert des univers profondément différents du mien : de quoi remettre en cause ma vision tranquille de l’existence ; et vous verrez, avec les deux autres fermes qui m’attendent, ce bouleversement de mes certitudes est loin d’être terminé !

Pour relire le récit précédent de "Loulou dans la boue", c'est par ici ! La suite au prochain épisode !

Articles similaires

Le recyclage du coton
20 septembre 2019
Initiation Zéro déchet à Paris
17 juillet 2019
Loulou dans la boue - Chapitre 4
2 juillet 2019