• Loulou dans la boue – Chapitre 4

Loulou dans la boue – Chapitre 4

Direction cette fois Mimizan, à mi-chemin entre Arcachon et Hossegor, où Loulou s’essaye au maraîchage biologique et à la vie en caravane, au milieu des champs… et des paons. Tout un programme ; découvrez les nouvelles aventures de Loulou dans la boue !

Chapitre 4. Maraîchage chez Benico

À mon arrivée à Mimizan, après un long trajet en TER et bus depuis Bordeaux, je suis recueillie par Rosine, qui n’a rien à voir avec ma nouvelle ferme, mais que j’avais contactée une dizaine de jours auparavant pour acheter un vélo d’occasion. Cette femme est la gentillesse incarnée : alors que je ne lui avais rien dit de moi elle est venue me chercher pour m’éviter de parcourir la distance jusque chez elle à pied ou en stop. J’ai donc été cueillie à l’arrêt de bus de Mimizan-Bourg. J’ai passé deux heures chez Rosine et Jacques qui m’ont offert un café autour duquel nous avons beaucoup discuté. J’apprends que l’odeur nauséabonde de la papeterie empêche les loyers de Mimizan d’exploser, que la spécialité du coin est le foie gras, et qu’en ce moment on récolte les asperges ! En fin de journée, je me dirige vers ma nouvelle ferme, mais je promets de repasser voir mes nouveaux amis !

Bienvenue chez Benico !

Concrétion de Benjamin et Nicolas, prénoms de ses fondateurs, la ferme Benico a été fondée il y a 8 ans. La surface du domaine est impressionnante : plusieurs hectares, dont deux cultivables, avec des rangées de culture et des serres qui donnent une sensation de grandeur ! En arrivant, je constate que Benico tient une boutique à l’entrée du domaine, mais aussi que les visages sont très jeunes, dans cette ferme. Personne n’a l’air d’avoir plus de 35 ans. Beni me donnera raison, à 33 ans il est le doyen de Benico !

Dans l’équipe, en plus des deux fondateurs et de leurs femmes Laetitia et Lila (qui est enceinte de sept mois), on compte Nathan, qui est woofer aussi, en balade en attendant de pouvoir s’acheter un terrain et y construire sa maison, et Badou, Soudanais réfugié en France et en formation maraîchage bio. Dans la cuisine je tombe ensuite sur Justin, qui a tout juste démissionné de son boulot dans la publicité en Belgique pour apprendre la permaculture et s’installer à son compte en Septembre, et Laura, journaliste suisse-allemande débarquée dans son van en France, pour apprendre la langue et vivre au grand air. Enfin, Baptiste est aussi en formation de maraîchage bio, avec Fermes d’Avenir : cette association l’a mis en contact avec Badou, afin de former un tandem entre un Français en reconversion et un réfugié en demande d’insertion. Tout de suite j’ai senti une réelle complicité entre Badou et Baptiste, un lien presque fraternel.

Cette semaine le cousin de Justin, Lazslo nous a également rejoints pour une durée de deux mois. En bon Belge il a rapporté de quoi nous faire des dégustations de bières et de chocolat. Ambiaaaance !

https://www.lesmouettesvertes.fr/wp-content/uploads/2019/06/loulou-dans-la-boue-woofing-ferme-benico-chapitre-4-image-présentation-personnages_04-06-2019.jpgJe m’installe dans une caravane appelée Franc Soit (petite pensée pour mon papa) : elle est cosy et joliment décorée ! Je suis contente d’avoir un espace aussi grand à moi toute seule, en revanche je suis un peu inquiète pour la nuit car il fait dix degrés de moins ici qu’à Beauregard. Pas grave, Badou me donne gentiment deux couvertures en laine, et le lendemain Nathan vient m’installer un petit radiateur électrique qu’il a dégoté je ne sais où. Tout le monde est aux petits soins ! Je me fais aussi une bouillotte artisanale avec des pots en verre à la cuisine, que je remplis d’eau bouillante tous les soirs et que j’enroule dans du tissu. Je m’endors les pieds au chaud.

Je retrouve aussi… des toilettes sèches ! Cette fois plus confortables que celles de Bouniols, on peut s’y assoir et on n’a pas le nez dans la bassine. Mais le local est assez loin du camp, et à ciel ouvert : bon courage quand il pleut !

Les animaux de Benico

Outre ces installations et les habitants que je vous ai présentés, il y a aussi des animaux à Benico, notamment Rustine et Horse, nos deux cochons. Ils ne sont pas là pour être mangés, ce sont juste les mascottes de la ferme.

Récemment, Beni a fait la folie de s’acheter des paons sur leboncoin. Il cherchait une annonce pour des poules, mais le paon, c’est quand même plus stylé. On a donc un paon et une paonne qui se promènent toute la journée sur le domaine. J’ai cru halluciner la première fois que je les ai vus. Surtout qu’ils ne font pas les choses à moitié : à l’heure du déjeuner, le paon fait la cour à la paonne et on a le droit à une magnifique roue depuis la table. Et le soir il s’encastre dans une armoire qui contient une glace de tous les côtés et pendant des heures il se regarde et pousse des cris. À peine narcissique, l’animal.

Nous avons même droit, depuis quelques jours, à une petite comédie romantique maison chaque soir. Moi qui les avais toujours vus sur terre et qui pensais qu’avec une traîne pareille, les paons ne savaient pas voler, je découvre qu’en réalité ils dorment perchés sur des branches pour échapper à leurs prédateurs !

Chaque soir, Mademoiselle (l’union n’est pas encore consommée) commence par se hisser dans un arbre  à la tombée du jour. Monsieur, l’air de rien, se perche alors sur une autre branche, feignant l’indifférence. S’ensuivent alors une série de petits braillements de part et d’autre. Monsieur tente plusieurs approches, mais Mademoiselle n’hésite pas à lui foutre un coup d’aile qui manque de le faire tomber de vingt mètres quand elle n’est pas d’humeur, ou qu’il n’a pas encore assez galéré à son goût. Mais le bougre ne lâche rien, tombe sur des branches basses et recommence la montée. Bien que le rituel soit identique chaque soir, ils finissent inévitablement par être perchés côte à côte aux alentours de 21h30 pour une nuit en amoureux. Et tous les soirs, nous prenons les paris !

Comment s’organise le travail ?

Nous avons rendez-vous tous les matins à 8h dans la cuisine pour un petit-déjeuner commun, pendant lequel Beni et Nico nous rejoignent, et juste après nous passons du côté de la salle de réunion où nous regardons le programme de la journée. Le lundi nous déterminons qui fera le marché de Mimizan vendredi matin, et celui de Saint-Julien le samedi.

La matinée est consacrée au woofing, avec des récoltes pour la boutique ou bien de la plantation et  de l’entretien (désherbage, rangement…). Bonheur suprême, nos après-midis sont libres ! La matinée étant assez active et la préparation du déjeuner pour dix personnes fastidieuse, c’est sympa de pouvoir enfourcher son vélo et de partir explorer les environs après. Il y a de nombreuses pistes cyclables dans la région et on se retrouve très facilement au milieu de forêts de pins magnifiques. Un vrai bonheur.

Cette semaine, j’ai donc occupé mes matinées différemment chaque jour : j’ai planté des pieds de tomates, qui ne sont pas préparés ici mais achetés à une association qui emploie des personnes handicapées. C’est un choix de Benico de se fournir chez eux, car ils pourraient faire leurs semis eux-mêmes. Un matin nous nous sommes aussi mis tous ensemble sur les lignes de salades pour planter en grande quantité, c’était assez sportif mais à plusieurs nous avons réussi à terminer en deux heures !

La boutique est quant à elle ouverte les lundi, mercredi et samedi après-midi de 16h à 19h. Les clients sont en majorité des habitués, et je me forme à la balance et aux chiffres correspondant à chaque variété de légumes. Je fais bien rire les clients quand ils me tendent un légume que je ne connais pas et que je leur demande de quoi il s’agit… Allez faire la différence entre un chou frisé et un chou cabus ! Je me trouve l’excuse d’être parisienne, ce qui me vaut des sourires en coin. De toute manière tout est fait dans la bonne humeur, personne n’est pressé… et j’ai Beni en back up si jamais je veux faire vite. C’est très convivial, et j’adore « jouer » à la marchande.

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Avec les jours qui s’allongent, nous nous réveillons de plus en plus tôt, vers 6h45, pour commencer à travailler lorsque le soleil se lève, aux alentours de 7h30. Bien que les températures s’adoucissent petit à petit, il gèle quasi systématiquement la nuit depuis mon arrivée, et mes bouillottes maison ne font plus effet au petit matin. L’humidité et la température rendent la sortie de lit très difficile, et quand on se retrouve dans la cuisine de la salle commune du camp ça ne s’arrange pas. Nous n’avons pas eu de chance et les pluies de la semaine dernière ont de plus humidifié tout le bois mort épais que nous aurions pu nous procurer en forêt pour faire du bon feu, on s’est donc rabattus sur les cagettes vides de la boutique qui se consument très vite. Un matin, j’ai dû m’arrêter de travailler aux alentours de 10h30 car je ne sentais plus du tout mes orteils. À ce moment précis, je me suis fait la réflexion que ça pouvait quand même être un peu hardcore, le woofing.

Mais hauts les cœurs ! Malgré ces désagréments, je découvre chaque jour une variété de légume inconnue, au goût étonnant, et ça, ça vaut tous les orteils du monde. Adieu chocolats industriels et bonbons chimiques, je ne vous aimerai plus. Entre le chou-fleur, le céleri-rave, ou encore les blettes, la nourriture à Benico vaudrait presque un chapitre à elle toute seule !

Pour redécouvrir l’épisode précédent, c’est par ici !