Too Big To Trace

12 mars 2021 | Actualité

Difficile de ne pas réagir en face de la situation que connaît l’industrie du textile depuis quelques mois.  

Une étude menée par l’anthropologue allemand Adrian Zenz a démontré l'ampleur de la répression chinoise à l'encontre de l'ethnie ouïgoure dans le Xinjiang. Il y dénonce un « vaste programme de travail forcé ». Plus d’un million de Ouïghours auraient été ainsi enrôlés au nom de la lutte contre la pauvreté et contraints de travailler dans des champs de coton.

Le sort réservé par les autorités chinoises aux Ouïghours est assez édifiant. En effet, ces travailleurs forcés devaient renoncer à leur langue, leur religion, leur identité et faire allégeance au parti communiste chinois. Un « encadrement de type militaire » et « une éducation de la pensée » auraient permis d’obtenir une main-d’œuvre « docile ». Un reportage de la BBC fait état de traitements inacceptables : viols, stérilisation forcée, tortures électriques… 

80 % du coton chinois est produit par du personnel de camps Ouïghours dans la province de Xinjiang, soit 20 % de la production mondiale. Selon le collectif Ethic sur l’étiquette, 1 vêtement en coton sur 5 serait ainsi concerné et mis en cause. Une partie de nos vêtements pourrait donc être issu du travail forcé de ces minorité Ouïghours. 

En ayant eu recours à cet esclavage des temps modernes, c’est toute la responsabilité de l’industrie textile qui a été mise en cause. 

En février dernier, un autre drame s’est produit dans un atelier de textile clandestin à Tanger.
24 personnes ont été piégées par une inondation provoquée par des pluies torrentielles et ont péri. Selon une étude publiée en 2018 par la Confédération Patronale Marocaine (CGEM), 54% de la production du secteur "textile et cuir" du Maroc provient d'unités "informelles" incluant des unités de production "ne répondant pas aux normes légales". 

Parmi les marques épinglées se trouvent des géants du textile comme Adidas, Lacoste, Gap, Nike, Puma, Uniqlo, H&M...

Comment de telles marques aussi éminentes, aussi connues, s’engageant avec détermination depuis quelques années sur la voie de la RSE font encore appel à une main d’œuvre maltraitée à l’extrême ?

On ne peut pas imaginer que ces entreprises aient été au courant de ces pratiques, en général contraires à leurs codes de conduite, et surtout tant leur révélation crée un préjudice d’image colossal.

L’hypothèse la plus probable tient alors aux difficultés pour ces entreprises de maitriser leurs filières de production complexes, nombreuses, et changeantes pour optimiser sans cesse leur coûts.

Sachant qu’une filière textile requiert en général plus de 5 acteurs : culture de la matière première, filature, tissage ou tricotage, teinture, confection, et à supposer que chacun d’entre eux soient approvisionnés par 3 fournisseurs différents, le nombre d’acteurs potentiellement impliqués par filière est de 35, soit 243 acteurs. Pour une marque qui possède autant de filières que de catégories de produits, cela fait potentiellement plusieurs milliers d’acteurs à connaitre.

Au-delà du coût des audits qu’il conviendrait de faire chez chacun des fournisseurs, leur identification est elle-même difficile, car la confidentialité du nom d’un fournisseur est en général de mise pour préserver l’avantage compétitif acquis par leur identification. Ainsi, un fournisseur n’est en général pas en mesure de donner à son client l’arborescence des fournisseurs de rang 2, 3 etc…

Cette actualité dramatique dans le monde textile invite à penser que les grands acteurs sont devenus « Too big to trace » l’ensemble des acteurs au service de la production de leurs vêtements.

Une solution ? Un label tel que GOTS offre, au-delà de l’engagement bio et social, des garanties de traçabilité sur l’ensemble de la chaine de valeur. Ainsi, un produit certifié GOTS garantit :

  • Que l’ensemble des acteurs qui ont contribué à la transformation/fabrication du produit sont labellisés et audités annuellement par des organismes internationaux référents tels que Ecocert ou Control Union et respectent un cahier des charges strict concernant des critères sociaux et écologiques.
  • Une traçabilité de chaque lot de matière, au travers d’un « certificat de transaction » qui indique pour chaque achat l’origine de la matière/du produit, sa destination et sa masse. Ces certificats permettent également d’assurer la cohérence entre les ventes d’un acteur et sa capacité de production, et identifier des tentatives de fraude.

Ces garanties forment une des raisons qui a amené les Mouettes Vertes à choisir cette certification, et à la renouveler depuis 15 ans. C’est une grande satisfaction de voir la croissance de ce label, avec une croissance de 30% du nombre de membres certifiés en 2020 ! Ce sont désormais 10 000 usines employant 3 millions de personnes dans le monde qui offrent des garanties strictes sur les conditions d’emploi de l’ensemble de leur filière.

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Sources : Capital - Un vêtement en coton sur cinq viendrait d'un camp de travail ouïghours en Chine

Libération - Ouïghours Esclavage moderne dans les champs de coton chinois

L'Express - Ouïghours : ces documents accablants qui ont poussé la France à hausser le ton